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Bibliographie et abréviations
Auteurs

Que peut-on ajouter à la définition précise, contenue dans Gens des nuages, que donnent Jemia et J.-M.G. Le Clézio de la Saguia ? Dans ce carnet de voyage, ils indiquent que « La Saguia el Hamra est une vallée asséchée à l’extrême sud du Maroc, au-delà du Draa, au cœur d’un territoire qui a longtemps appartenu à l’Espagne sous le nom de Rio de Oro. Pour y parvenir, il faut franchir des milliers de kilomètres, traverser l’Atlas et l’Anti-Atlas, le plateau de Gadda, jusqu’à la ville sainte de Smara. » (GN, 15-16).

 

 

La Saguia – qui se remplit d’eau quand les pluies de l’hiver sont abondantes – relie Laâyoune, ville située au bord de l’océan Atlantique, à Hmada de Draâ, en passant par Smara. La vallée se situe dans une ré-gion minière riche en phosphates ; elle est appelée « el Hamra », rouge en arabe, parce qu’au fond de ses sources, les roches – qui sont ferriques – teintent l’eau d’un brun-rouge, couleur de la rouille semble-t-il. L’idée de la source ici rappelle, en même temps, la symbolique du nom d’un personnage principal de J.-M.G. Le Clézio, Ma el Aïnine dont la traduction littérale est « eau des yeux ». D’ailleurs, la ville « Laâyoune » ou « Al Aiun », en arabe, signifie à la fois sources de larmes, « les yeux », et sources naturelles, « origines d’un cours d’eau ».

 

 

Le voyage de Jemia et J.-M.G. Le Clézio dans cette région est surtout motivé par le « rêve de retour » (GN, 17), « retour aux origines, vers la vallée de la Saguia el Hamra, la Rivière rouge, d’où la famille de Jemia est venue. » (GN, 15) Leur carnet de route est un compte rendu d’un voyage nostalgique dont la visée est de s’approprier cet espace de manière symbolique et spirituelle. Gens des nuages n’est donc pas conçu comme un livre d’histoire ou une plaidoirie politique qui véhiculerait un positionnement vis-à-vis de la problématique du Sahara. Ses auteurs évitent de s’arrêter sur la situation conflictuelle dans laquelle baigne l’ensemble du sud marocain. Cependant, leur récit, marqué d’une profonde connaissance intellectuelle de la région, est truffé de précisions géomorphologiques, de références précieuses, de dates exactes et de l’histoire originelle des nomades du désert. J.-M.G. Le Clézio a déjà tracé, dans Désert, l’épopée tragique de ce peuple jusqu’à 1912, début du régime colonial du « protectorat français ».

Une récapitulation historique insisterait ainsi sur les phases suivantes : entre 1884 et 1885, les forces espagnoles ont divisé la zone en deux territoires, Oued Ed-dahab (Rio de Oro) au sud et au centre du Sahara et Saguia el Hamra (la vallée rouge) au nord ; en 1958, l’Espagne unit les deux espaces auparavant séparés. En 1973, le front pour la libération de Saguia el Hamra et du Rio de Oro, qui réclame son droit à l’indépendance de la région, proteste en qualifiant le Maroc de pays colonisateur. Le 6 novembre 1975, la « marche verte » prônée par le roi Hassan II impose une nouvelle répartition. Elle permet de récupérer pacifiquement ce territoire problématique. La même année, le Traité de Madrid cède la Saguia au Maroc et le Rio à la Mauritanie. Cette dernière se retire du conflit couronné, depuis 1991, d’un cessez le feu qui est toujours supervisé par la Mission des Nations Unies (Minurso) pour l’organisation d’un référendum d’autodétermination au Sahara. (Voir Cavendish, 2007, 1263 et Tucker, 2013, 618-619-620) Nous n’oublierons pas d’ajouter que ce conflit diplomatique est dû aux prises de positions divergentes des parties concernées : si le Maroc, en 2007, propose à l’ONU une large autonomie du Sahara, placée sous la souveraineté marocaine, le Polisario, lui, soutenu par l’Algérie, exige la création d’un État indépendant (une république arabe sahraouie à part entière). Actuellement, le Maroc ad-ministre environ 80% du territoire, tandis que la partie contrôlée par le Polisario, en-viron 20%, se situe derrière une ceinture de sécurité appelée le « mur marocain » et con-stituée de tranchées et de bermes de sable et de pierres de quelques 2700 kilomètres.

Dans la Saguia el Hamra, région au climat aride qui s’étale sur 82 000 km2, les sahraouis, population musulmane composée de nomades sédentarisés, venus de divers horizons, jamais organisés auparavant en État-nation, parle le hassani, dialecte arabe. Quant au pouvoir, aussi bien politique que spirituel, il est relatif à un statut identitaire prestigieux. La vallée rouge, marquée par « l’enjeu de l’ascendance chérifienne […] » (Puigp, 2003, 45), est aussi un espace où le système de la tribu règne et où le cheikh est doté d’une autorité reli-gieuse. Cette atmosphère a contribué à la mythification du désert, d’où la fréquence des cultes des marabouts et la vénération des ancêtres.

Le génie du lieu est déjà évoqué dans Désert, roman « […] dans lequel apparaît […] la figure de ce cheikh vêtu de blanc sous les traits de Ma el Aïnine et la vallée de la Saguia el Hamra. » (Sohy, 2010, 50) Mais J.-M.G. Le Clézio ne s’était pas encore rendu dans ce territoire légendaire. C’est en 1990 que le voyage réel s’effectuera et sera poétiquement décrit dans Gens des nuages. La vallée rouge est un espace parsemé de « contrées autrefois interdites aux étrangers » (GN, 59) parce qu’elles s’inscrivent « […] dans un espace sacralisé, entre ouverture au divin et fermeture aux étrangers. » (Thibault, 2014, p. 30-31) Elle est désormais ouverte à tous ceux qui cherchent un monde où « le ciel est trop vaste, [où] la terre n’est qu’un passage. » (GN, 83) C’est un « passage vers la mémoire » (GN, 40). L’écriture mystique de J.-M.G. Le Clézio a fait de la Saguia el Hamra le seuil d’un autre monde, intérieur et originel. Grâce à ce voyage avec Jemia au cœur du désert, J.-M.G. Le Clézio se rapproche de l’histoire non seulement de la vallée, mais aussi de l’humanité.

 

Sidi Omar Azeroual

 

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

CAVENDISH, Marshall, World and Its Peoples : Middle East, Western Asia, and Northern Africa, New York, Volume 9, 2007 ; LE CLÉZIO, J.-M.G., Désert, Paris, Gallimard, « Folio », 1980 ; LE CLÉZIO, J.-M.G. et Jemia, Gens des nuages, Paris, Gallimard, « Folio », 1999 ; PUIGP, Nicolas, Bédouins sédentarisés et société citadine à Tozeur (sud-ouest tunisien), Karthala, Paris, 2003 ; ROUSSEL-GILLET, Isabelle, J.M.G. Le Clézio écrivain de l’incertitude, Paris, Ellipses, 2011 ; SOHY, Chrystelle, « J.-M. G. Le Clézio et le Maroc : Désert, Gens des nuages », Itinéraires intellectuels : entre la France et les rives sud de la Méditerranée, Paris, Karthala, 2010, p. 47-68 ; THIBAULT, Bruno, « Le Rêve marocain de J.M.G. Le Clézio, ou le voyage interrompu », Le Maroc dans l’œuvre de J.M. G. Le Clézio, Rabat, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, « Colloques et Séminaires », n°27, 2014, p. 27-36 ; TUCKER, Spencer, « Western Sahara War », Encyclopedia of Insurgency and Counterinsurgency: A new era of modern warfare, California, Spencer C. Tucker editor, 2013.

© Photos

Image 1 (la vallée quand elle se remplit d’eau à certaines périodes de l’année) : http://www.abhshod.ma/images/socio6.jpg ou voir le second diaporama sur : http://www.abhshod.ma/donnees-socioeconomiques.php (Consulté le 11/01/2015) ; image 2 (la carte) : http://en.wikipedia.org/wiki/Western_Sahara#mediaviewer/File:Westernsaharamap.png ou voir directement : http://en.wikipedia.org/wiki/Western_Sahara (Consulté le 13/02/2015).

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