BARRAGÁN (LUIS)

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Bibliographie et abréviations
Auteurs

 

 

Luis Barragán, Casa Barragán (1969)

 

Luis Barragán, né en 1902 à Guadalajara, au Mexique, au sein d’une famille de riches propriétaires, passe son enfance et adolescence entre sa ville natale et l’hacienda familiale, dans l’État de Jalisco. Ce contexte rural, avec son architecture vernaculaire, la terre couleur rouge, les horizons immenses et les traditions populaires, le marquera à jamais dans son œuvre. Dans le discours qu’il prononce à l’occasion de la remise du Pritzker Prize, le 3 juin 1980, il déclare :

Mon architecture est autobiographique…Toutes mes réalisations portent la mémoire du ranch de mon père, où j’ai passé mon enfance et mon adolescence. Dans mon travail, je me suis toujours efforcé d’adapter aux besoins du monde moderne la magie des années passées, dont on a encore la nostalgie. Les leçons à tirer de l’architecture simple et discrète caractéristique des villages et des petites villes de mon pays m’ont toujours inspiré. Je pense par exemple, aux murs blanchis à la chaux, à la sérénité des patios et des vergers, aux rues pleines de couleurs, à l’humble majesté des places de villages ceintes par des allées ombragées. Comme il existe un même lien entre ces derniers enseignements et des leçons à tirer des voilages du Maroc et d’autres pays d’Afrique du Nord, qui, eux aussi, ont enrichi ma perception de la beauté d’une architecture simple […]. (Ong-Yan, Peltason, 2011)

Après son diplôme d’ingénieur civil, spécialisé en hydraulique (1923), il fait deux longs séjours en Europe (1924-1925 et 1931-1932) où il découvre l’œuvre de « l’architecte des jardins » Ferdinand Bac et l’avant-garde de l’Architecture Moderne, plus particulièrement les réalisations de Le Corbusier. Entre ces deux voyages, il s’installe, avec son frère architecte, à Guadalajara. Il y construit ses premières maisons aux influences mauresques. En 1935, il s’établit à Mexico où il réalise, jusqu’en 1939, des bâtiments d’habitation dans l’esprit de la modernité internationale.

En 1940, il délaisse l’architecture pour se consacrer à la réalisation de jardins et d’aménagements paysagers comme celui du site volcanique d’El Pedregal, à San Angel, au sud de Mexico, à partir de 1944. Il ne reprendra son activité architecturale qu’en 1948, pour aménager sa propre maison puis son atelier rue du Général Fransisco Ramirez.

Ce sera alors la période la plus riche de son œuvre, avec comme principales réalisations, la maison Priéto Lopez (1949), la maison Galvez (1954), les tours de Ciudad Satellite (1958), les aménagements paysagers du haras de Las Arboledas (1958-1961), la maison et l’écurie San Cristobal de Los Clubes (1968), la maison Gilardi (1977) et celle de Barbara Meyer (1981). Il meurt dans sa maison de Tacabaya, à Mexico, en novembre 1988.

En 1980, il est le deuxième architecte à être lauréat du Pritzker Prize, considéré comme « le Prix Nobel de l’architecture ». Les caractéristiques de son œuvre se déclinent en trois thèmes majeurs : le rapport à la nature (l’eau, la pierre et l’arbre), le traitement de la lumière et les fonctions de la couleur.

 

​​ Los Clubes, Mexico

Ma passion pour les paysages et les animaux dans le paysage, pour les chevaux en particulier, remonte aux étables. Mes fontaines sont en réalité des abreuvoirs ou des baignoires à chevaux. D’où l’idée des murs qui protègent les chevaux. (Zanco, 2001)

 

Casa Galvez, Mexico

Dans la Casa Galvez, Barragán construit une boîte à lumière qui prolonge le volume de la première pièce de la maison, espace d’accueil et de repos. Les murs roses masquent toute vue sur le jardin et encadrent un miroir d’eau dont les reflets font vibrer l’aspect des murs de façon différente selon l’heure du jour.

 

Casa Galvez, Mexico ​​ 

La couleur est le complément de l’architecture, elle sert pour agrandir ou diminuer un espace. Elle est aussi utile pour rajouter cette touche de magie dont l’espace a besoin. J’utilise la couleur, mais quand je dessine, je n’y pense pas. En général, je m’en préoccupe quand l’espace est construit. Alors je visite l’endroit, à toutes les heures du jour, et je commence à « imaginer » la couleur, à imaginer les couleurs, même les plus folles ou incroyables. Je retourne à mes livres de peinture, à l’œuvre des surréalistes, en particulier De Chirico, Balthus, Magritte, Delvaux et l’œuvre de Chucho Reyes. Je regarde les images et les peintures et soudain, je reconnais une couleur que j’ai imaginée […]. (Luis Barragán, Entrevue avec Mario Schjetnan Garduno)

Les réalisations de Luis Barragán constituent une œuvre majeure du XXe siècle, à la fois locale et universelle, de par ses racines mexicaines, ses influences méditerranéennes et européennes : une architecture moderne marquée de souvenirs du passé. Bien que ses constructions soient principalement destinées à des personnes aisées, il leur conféra l’austérité des couvents mexicains ou d’habitations paysannes par des murs épais blancs ou colorés tout en rendant plus intense le contact avec la nature. Pour Barragán « toute œuvre d’architecture qui n’exprime pas la sérénité est une faute ». Il émane de ses réalisations une dimension artistique et poétique singulière, qualifiée « d’architecture émotionnelle » (Barragán 2012-2013).

Jean-Marie Le Clézio qui a vécu au Michoacán voisin de l’état de Jalisco, mentionne l’architecte Luis Barragán dans Ourania (2006), roman de l’échec d’une double utopie - L’Emporio et campos - dans le Mexique du XXIe siècle. Ceci n’a rien d’étonnant, l’utopie et l’architecture ayant toujours eu partie liée : de la « Cité du soleil » de Campanella à la « cité radieuse » de Le Corbusier, en passant par l’Abbaye de Thélème de Rabelais ou la Saline royale de Nicolas Ledoux à Arc-et-Senans. L’Emporio, « une espèce de thébaïde » (Ou, 31) dirigée par Menendez, un prêtre défroqué, regroupe divers chercheurs – historiens, sociologues, philosophes – avec le projet de « libéraliser, vulgariser, échanger le savoir » (Ou, 61). Sur ce qui devient « la colline des anthropologues » (Ou, 37), chacun se fait construire une maison selon ses ressources et ses goûts personnels. Le sociologue Enrique Mogollon, peu fortuné, fait appel à l’architecte « du cru », Pico de Gallo (ainsi surnommé à cause de « sa crête de cheveux rouges »), pour « édifier en bas de la colline une manière de château en béton inspiré de Barragán, qu’il peignait au fur et à mesure en bleu outremer, selon un plan si compliqué qu’on avait l’impression de voir se plier et se déplier un origami géant et hideux » (Ou, 39). Si l’emploi d’une couleur intense renvoie aux déclarations de Luis Barragán, la complexité du plan et la laideur finale ne correspondent pas à la pureté des lignes, à la présence de la nature dans les espaces montrés ci-dessus. Le ton sarcastique ne préjuge pas du jugement esthétique de l’écrivain Jean-Marie Le Clézio sur l’œuvre de l’architecte mexicain. Il relève de l’écriture romanesque, d’un regard critique porté sur l’ensemble de cette communauté d’intellectuels, et vise plutôt le snobisme de ces anthropologues épris de modernité à tout prix qui, faute de moyens, s’en remettent à des épigones, dont la maladresse ou les excès dénaturent jusqu’au ridicule l’original.  ​​ ​​​​ 

 

          Jean-Alain Patry

 

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

CURTIS, William, J.R., L’Architecture moderne depuis 1900, Paris, Phaidon, 2004 ; GERMOND, Sabine,  « La Casa Galvez », revue  Architectures à vivre  n° 9, automne 2002 ; Fascicule de présentation de l’exposition destinée aux écoles d’architecture et institutions culturelles / 2012-2013 « Luis Barragán, ou l’architecture émotionnelle », Production : Écoles Nationales Supérieures d’Architecture de Nancy, Paris-val-de-Seine, Strasbourg ; LE CLÉZIO, J.-M.G., Ourania, Paris, Gallimard, 2006 ; ONG-YAN, Grace, PELTASON, Ruth, Architectes/les lauréats du Pritzker Prize/30 ans de création, Paris, éditions La Martinière, 2011 ; ZANCO, (Frédérica (éd.), Luis Barragán : The Quiet Revolution, Milan, Skira, Fondation Barragán, musée Vitra, 2001.

 

 

Ourania.